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21/09/2007

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Le St Martin d’autrefois était un village insulaire caribéen aux liens très resserrés, qui à aucun moment n’a dépassé les 10000 habitants. « La Période Traditionnelle ou Ancienne de la nation, entre 1848 et 1963, fut caractérisée par le développement d’une culture à base égalitaire qui donna naissance à un ensemble de valeurs sociales, politiques et économiques, partagés par un réseau de villages et sans qu’aucune des deux capitales, Marigot ni Grand-Baie, ni le petit groupe de personnes relativement plus riches, ne fût le « centre » sociétal ni dominant ni oppressif dans la vie des habitants de l’île ».
Activitées et Emigration
Les St Martinois d’autrefois étaient composés surtout de personnes de condition matérielle modeste et d’un très petit groupe de personnes aisées. La petite population n’était pas vraiment stable, puisque l’émigration en quête de travail ou de résidence permanente à l’étranger était pratique courante après l’abolition effective de l’esclavage en juillet 1848 . Au cours de la détestable période esclavagiste, du début des années 1600 jusque vers les années 1850, la majorité noire de l’île peinait comme esclaves, surtout dans les salines et en moindre degré, sur les plantation de canne à sucre, de coton et autres plantations d’exploitation secondaire. A plusieurs époques au cours de la période traditionnelle, la majorité des St Martinois travaillaient comme saisonniers dans la cueillette du sel surtout dans la Grande Saline de Grand-Baie et dans la saline de Grand-Case. Certains s’occupaient de leurs propres jardins ou louaient des lopins de terre auprès des grands et moyens propriétaires terriens ou obtenaient des concessions du gouvernement afin de cultiver des vivres de première nécessité. D’autres travaillaient dans l’agriculture et dans l’élevage pour les quelques très grandes familles propriétaires. Le lot des masses était constitué de pêcheurs, servantes, marchands, petits commerçants, sage-femmes, guérisseurs, boulangers, forgerons, couturières, instituteurs et musiciens. Souvent, une personne travaillait dans plusieurs domaines selon ses talents ou selon les besoin de la petite communauté.
A partir de la fin des années 1800 jusqu’au début des années 1960, le revenu d’un grand nombre de familles fut complété par l’argent qu’elles recevaient de leurs parents qui travaillaient comme saisonniers ou pendant ou pendant des années comme ouvriers immigrés qualifiés, semi-qualfiés et non qualifiés, et comme employés sur les plantations de canne à sucre, dans les chantiers navals, dans les usines et dans les maisons de riches, dans la construction, dans les raffineries de pétrole, dans les magasins, les hôpitaux, les hôtels, les écoles, comme chauffeurs de bus et mécaniciens, parmis tant d’autres emplois, à la République Dominicaine, Curaçao, Ste Croix, Aruba, Guadeloupe, les Etats-Unis et les Pays-Bas.
Dans le Vieux St Martin, les natifs aisés étaient généralement propriétaires de magasins, éleveurs de bétail sur leurs relativement grandes propriétés, produisaient du lait et de la viande localement et pour l’exportation ; et occupaient les postes de gouvernement, tels que maire. Plus souvent que rarement, les commerçants et les représentants de gouvernement étaient apparentés ou du même rang social – et il leur arrivait également d’être apparentés à la majorité moins aisée. Les commerçants et les représentants de gouvernement jouissaient d’un certain confort matériel et de services domestiques, tels que femmes de ménage, d’une plus grande abondance de produits alimentaires locaux et importés, d’ustensiles ménagers et de jouets pour leurs enfants, d’une variété plus chic d’habits confectionnés sur place par les couturières et tailleurs ou importés de pays et territoires, tels que les Etats-Unis d’Amérique, la République Dominicaine, Cuba et Trinidad, et ils avaient accès à plus d’un moyen de transport. Les riches voyageaient plus souvent pour affaires et pour leur loisir, et envoyaient leurs enfants en Guadeloupe, à Curaçao ou ailleurs dans la Caraïbe, aux Etats-Unis, au Canada et en Europe dans des pensionnats et dans les universités ou pour suivre différents cours de formation professionnelle.
Moyens de déplacement
En fait, dans la mesure ou le fait de voyager et le type de transport utilisé pouvaient être un indicateur utile qui déterminait les différentes étapes du développement matériel et social d’un peuple, plus que jamais auparavant les St Martinois se déplaçaient à cheval et à poney au cours de la première décennie des années 1900 et continuèrent jusque vers les années 1950. Même après que la première voiture, une Ford, fût arrivée sur l’île aux environs de 1914, semble-t-il, les gens aisés continuaient à se déplacer à cheval ou en voiture attelée tout au long de la première moitié du 20ème siècle. Mais ce n’était pas seulement les très riches qui montaient à cheval ou à poney. Leurs voyages à l’étranger en quête de travail en République Dominicaine et ailleurs depuis la fin du 19ème siècle, avaient permis à un certain nombre de St Martinois modestes d’améliorer leur condition matérielle et même sociale sur leur île natale. Ainsi, après les années 1920, on pouvait voir quelques fermiers, pêcheurs et gens simples qui étaient retournés de l’étranger et logeaient dans les maison qu’ils avaient fait construire avec leur pécule envoyé à leurs parents et amis pour l’achat de terrains et la construction de leur maison, trotter à cheval sur les routes étroites poussiéreuses de l’île .
L’âne était un autre moyen de déplacement pour les gens simples qui transportaient les provisions de leur jardin ainsi que d’autres marchandises, telles que le charbon. Dès la fin des années 1950, la bicyclette était également devenue un moyen de transport visible , quoique pas très répandu. Mais tout au long de la période traditionnelle, la plupart des gens marchaient tous les jours pour se rendre au marché ou pour s’approvisionner dans les quelques boutiques et magasins des deux villes, entre les villages, faisant le va-et-vient de leurs terres et jardins agricoles avec leur « tray » en bois ou leur panier de provisions sur la tête. La marche était le moyen normal de déplacement de la plupart des St Martinois jusqu’en 1963 d’un bout à l’autre de l’île pour se rendre au travail, à l’église, pour rendre visite à la famille et participer à des fêtes et des rencontres sociales.
Habitat
Les St Martinois vivaient surtout dans des maison en bois, grandes et petites. Certaines étaient couvertes de charme, d’autres étaient faites de bardeaux. Ceux qui pouvaient se le permettre construisaient une citerne ou creusaient un puits dans leur cour ou ailleurs sur leur propriété, mais la majorité devait chercher de l’eau dans les puits publics ou dans la citerne du voisin. Dès le coucher du soleil, on allumait les lampes à pétrole et les lanternes qui furent largement utilisées pour illuminer les maisons ou même pour circuler sur les routes, si nécessaire. Lorsque les lampes à gaz arrivèrent sur l’île, les familles utilisaient ce précieux article ménager, certains le dimanche et les jours de fête uniquement.
Preservation et preparation des aliments
La préservation et la préparation des aliments, une fois récoltés, élevés et tués pour la viande, pêchés en mer et dans les étangs ou achetés quotidiennement au marché aux poissons ou dans les petites épiceries, étaient un autre indicateur du mode de vie des St Martinois d’autrefois. Ceux qui pouvaient se le permettre possédaient des réfrigérateurs et des réchauds à pétrole juste avant les années 1960, mais pendant la période traditionnelle, la cuisine quotidienne se faisait à l’extérieur. Le mode le plus rudimentaire de cuisson, c’était sur trois pierres et on faisait brûler des bûches sous la marmite. Mais au fil des ans, et surtout lors des fêtes ou de la saison des pluies, les St Martinois utilisaient leurs pots à charbon pour cuire leur nourriture dans la cuisine ou dans l’abri prévu à cet effet, à côté ou derrière leur maison. Ils utilisaient une espèce de cuisinière très pratique construite en ciment sur pied contre le mur de la cuisine des années 1930. C’était composé de trois ou quatre pots à charbon incrustés dans un bloc en ciment rectangulaire sur pied en dur, avec un gril sur le dessus et une ouverture sur le devant pour recueillir les cendres qui étaient réutilisées pour le curage des marmites ou pour blanchir les dents.
On construisait dans la cour des fours en briques ou en pierres à sable enduits de chaux et plus tard en ciment, pour la cuisson des petits pains aux bouts en forme de « tété » et autes, des « johnny cakes », et de la pâtisserie telles que tarte et « pâté »au coco, gâteau noir aux fruits, et pudding à la patate . Ceux qui ne pouvaient se permettre un four en pierre fabriquaient des fours avec des pots en étain ou en fonte qu’ils découpaient et plaçaient sur du feu de bois ou un pot à charbon et des braises étaient posées sur le dessus. Les St Martinois traditionnels faisaient cuire au four leur propre pain, gâteau, « johnnycake », galette de cassave, pudding ou pain à la patate et tarte au coco, à la maison.
Les aliments qui formaient la base de la nourriture des St Martinois d’autrefois était liée au sel, la ressource naturelle historique de l’île. La viande de porc, de cabri, de mouton et de bœuf, le poisson et les fruits de mer pêchés en bordure du littoral marin, dans le Lagon de Simpson Bay et dans les étangs de Grand-Baie. Les habitants élévaient des volailles et des pintades dans leur cour et dans leur poulailler pour les œufs et pour la consommation. Les plats les plus courants étaient le court-bouillon de poisson, avec le pain de maïs, le poisson frit, le ragoût de mouton ou de veau avec du riz, la soupe aux pois avec du bœuf salé, des « dumpling » et de la patate douce, la soupe de calalou, la soupe au pied de bœuf, la soupe aux burgaux, la soupe aux lambis, et le poulet ou la pintade basse-cour. La cuisson des repas durait presque toute la journée, car il fallait préparer les trois repas, petit déjeuner, déjeuner et dîner. La préservation et la préparation des aliments, une fois récoltés, élevés et tués pour la viande, pêchés en mer et dans les étangs ou achetés quotidiennement au marché aux poissons ou dans les petites épiceries, étaient un autre indicateur du mode de vie des St Martinois d’autrefois. Ceux qui pouvaient se le permettre possédaient des réfrigérateurs et des réchauds à pétrole juste avant les années 1960, mais pendant la période traditionnelle, la cuisine quotidienne se faisait à l’extérieur. Le mode le plus rudimentaire de cuisson, c’était sur trois pierres et on faisait brûler des bûches sous la marmite. Mais au fil des ans, et surtout lors des fêtes ou de la saison des pluies, les St Martinois utilisaient leurs pots à charbon pour cuire leur nourriture dans la cuisine ou dans l’abri prévu à cet effet, à côté ou derrière leur maison. Ils utilisaient une espèce de cuisinière très pratique construite en ciment sur pied contre le mur de la cuisine des années 1930. C’était composé de trois ou quatre pots à charbon incrustés dans un bloc en ciment rectangulaire sur pied en dur, avec un gril sur le dessus et une ouverture sur le devant pour recueillir les cendres qui étaient réutilisées pour le curage des marmites ou pour blanchir les dents.
On construisait dans la cour des fours en briques ou en pierres à sable enduits de chaux et plus tard en ciment, pour la cuisson des petits pains aux bouts en forme de « tété » et autes, des « johnny cakes », et de la pâtisserie telles que tarte et « pâté »au coco, gâteau noir aux fruits, et pudding à la patate . Ceux qui ne pouvaient se permettre un four en pierre fabriquaient des fours avec des pots en étain ou en fonte qu’ils découpaient et plaçaient sur du feu de bois ou un pot à charbon et des braises étaient posées sur le dessus. Les St Martinois traditionnels faisaient cuire au four leur propre pain, gâteau, « johnnycake », galette de cassave, pudding ou pain à la patate et tarte au coco, à la maison.
Les aliments qui formaient la base de la nourriture des St Martinois d’autrefois était liée au sel, la ressource naturelle historique de l’île. La viande de porc, de cabri, de mouton et de bœuf, le poisson et les fruits de mer pêchés en bordure du littoral marin, dans le Lagon de Simpson Bay et dans les étangs de Grand-Baie. Les habitants élévaient des volailles et des pintades dans leur cour et dans leur poulailler pour les œufs et pour la consommation. Les plats les plus courants étaient le court-bouillon de poisson, avec le pain de maïs, le poisson frit, le ragoût de mouton ou de veau avec du riz, la soupe aux pois avec du bœuf salé, des « dumpling » et de la patate douce, la soupe de calalou, la soupe au pied de bœuf, la soupe aux burgaux, la soupe aux lambis, et le poulet ou la pintade basse-cour. La cuisson des repas durait presque toute la journée, car il fallait préparer les trois repas, petit déjeuner, déjeuner et dîner.
La Lessive
Une autre activité qui occupait pratiquement toute la semaine, c’était la lessive. Le lundi, le linge de couleurs et le linge blanc étaient séparés et cette activité démarrait par le blanchiment au soleil du linge blanc mouillé dans une eau savonneuse et étalé sur le gazon ou sur les arbustes de la cour ou il était bouilli sur du feu de bois dans un grand pot carré, dans lequel on vendait l’huile de table par dizaines de litres, recyclé ainsi pour les besoins ménagers. Le mardi, on procédait au rinçage, à l’empesage et au séchage du linge de couleurs d’autre part, sur des lignes et des arbustes dans la cour. Le mercredi on finissait de faire sécher le linge, tout en préparant le linge sec au repassage en arrosant le linge légèrement à la main, au fur et à mesure qu’on le repassait. On utilisait un « goose » (fer à réservoir en forme d’oie, pour mettre les braises) ou des fers plats qu’on chauffait sur le pot à charbon et qu’on tenait avec un tissu épais enroulé autour de la poignée. Finalement, le repassage se poursuivait le jeudi, vendredi et samedi suivant la quantité de linge lavé.
Les Soins
La santé des habitants était également une affaire de famille, c’était généralement la responsabilité de la personne âgée dans chaque famille, telle une grande tante, une grand-mère ou un grand-père qui connaissait les bienfaits et les propriétés médicinales des plantes de St Martin. Par ailleurs, chaque village avait son guérisseur ou sa guérisseuse et ses sage-femmes. L’utilisation des médicaments, préparés avec la flore de l’île , était la règle et ces plantes étaient consommées ou utilisées quotidiennement sous forme de thé, de tisane, de bains. Les produits de la terre et du jardin tels que manioc, malanga, patate douce, igname, dictame, banane et maïs jaune et des fruits, tels que mangue, quénette, pomme-canelle, cachiman, goyave, « guavaberry », acajou et pomme surette maintenaient les villageois en bonne santé.
Les Conteurs
Les habitants de l’île se couchaient tôt entre huit et neuf heures du soir à Grand-Baie et à Marigot, et même plus tôt dans les villages et les hameaux. A la tombée de la nuit, on allumait les lampes à pétrole dans la maison et après le dîner, vers sept heures du soir, les familles, parfois s’y joignaient les voisins, se regroupaient au salon, sur le balcon ou les marches de l maison pour écouter des contes. Chaque village et chaque famille avaient son meilleur conteur ou son conteur préféré qui ravivait les contes populaires traditionnels. Un grand nombre d’histoires très divertissantes avec une morale, comme sur les exploits de Compère Lapin, étaient arrivées d’Afrique avec les ancêtres asservis de la majorité des habitants de St Martin ou avaient survécu aux maux de l’esclavage, comme variantes des contes d’origine. Ces variantes et les nouvelles versions de ces contes, tels que le maître-lutteur au bâton de Rambaud et les histoires encore populaires de « soucougnan » et autres esprits maléfiques sont pratiquement devenues les nouveaux contes populaires de St Martin et d’autres nations caribéennes. L’heure traditionnelle des contes, à la maison, sur le balcon, sur la murette en pierre sèche ou sous un arbre du village jusqu’au rassemblement plus important, à la lueur de la pleine lune, était le cadre social idéal pour transmettre aux générations successives les histoires et les coutumes ancestrales et villageoises.
Entraide et courtoisie
Le mode général de vie du village se traduisait par l’entraide lorsqu’il s’agissait d’élever les enfants, partager la nourriture, prêter des denrées ou participer au traditionnel « coup de main », un collectif de personnes qui s’organisaient pour construire ou rénover une maison, pour préparer un jardin ou ériger une clôture en pierre sèche, en bois ou en fil barbelé. Le sentiment d’entraide en vue du bien-être de son prochain était une caractéristique de la vie à cette époque. Les cas de cambriolages, vol, viol et meurtre étaient rares sur les deux parties de l’île au cours de la Période Traditionnelle. Dans les années 1950, seul un assassinat était signalé par les autorités, celui de Mr Prélat, un commerçant de Marigot dont la demeure était située à l’angle des rues actuelles de la Liberté et Félix Eboué versant nord-ouest, poignardé en plein sommeil par un résident étranger qui voulait lui voler son argent.
Les maisons à St Martin restaient ouvertes durant la journée et on ne fermait pas les portes à clé la nuit ; il n’y avait pas de mendiants dans les rues des villages ou des bourgs. C’était pratiquement une coutume sacrée pour les habitants de l’île de se saluer en disant « bonjour ! », « comment allez-vous ? », « bon après-midi ! », ou « bonsoir ! ». Les enfants et souvent les adultes, y compris les membres de la famille s’adressaient aux « grandes personnes », hommes et femmes, mariés, célibataires ou veufs en les appelant par Monsieur, Mademoiselle ou Amie devant leur prénom, nom ou même surnom.
Dissemination des Nouvelles
La dissémination des nouvelles et des informations, personnelles, familiales, professionnelles, artisanales ou officielles, ne se faisait pas uniquement aux générations successives de la petite population lorsque les aînés racontaient des contes et récits le soir. Dans le nord de l’île, à partir des années 1930 jusqu’à l’intégration de St Martin dans le département de la Guadeloupe en 1946 , le garde-champêtre, M. Jean Charles Delaney, se déplaçait entre Marigot et les villages pour faire les annonces officielles ; il alertait la population en tapant sur un tambour accroché à son cou par une bandoulière jusqu’à ce que les gens se rassemblent autour de lui pour écouter. Il lisait alors à haute voix le document officiel. Tout au long de la moitié du 20ème siècle jusque vers les années 1960, le lieu de rencontre des hommes dans l’après-midi ou ils échangeaient les dernières nouvelles et discutaient de tout, du dernier potin aux nouvelles du monde, « Lazy Bay » sur la murette de pierre sèche à l’opposé du début de la Grand-Rue à Marigot, versant nord de l’actuelle Station Texaco. Après les années 1950 jusqu’aux années 1960 ceux ui possédaient une radio « Zénith » se faisaient le devoir de capter quotidiennement les nouvelles du monde pour avoir de quoi discuter avec leurs amis et leurs parents. Les nouvelles de l’île concernant les naissances, les fêtes, les activités sportives, la politique, les voyages, les mariages, les malades et les décès circulaient de bouche à oreille, avec des périodes sans journaux, de 1848 jusqu’en 1959, l’année ou le Windward Islands Opinion fut fondé. C’était le premier journal moderne de longue durée.
Argent, Travail et Solidarité

Dans Le St Martin traditionnel, l’argent, tel que le franc et le « sou », le dollar et le florin, circulait en petites quantités. Les habitants échangeaient ou troquaient beaucoup, surtout des denrées alimentaires et des travaux, et il en était ainsi particulièrement au cours de la seconde moitié du 19ème siècle, après l’abolition de l’esclavage, effective sur l’île en juillet 1848 .
Les St Martinois travaillaient dur ; ils étaient débrouillards et serviables à l’égard de leur famille. Le « coup de main » ou « jollification » représentait l’aspect pratique principal de l’éthique du travail des habitants et de leur société coopérative, cette tradition qui alliait le travail à la bonne humeur au bénéfice d’un membre de la famille, d’un ami, de la communauté dans son ensemble ou de soi-même. Le « coup de main » avait lieu surtout le dimanche, lorsque les hommes d’un ou plusieurs villages se rassemblaient pour aider un voisin, un ami ou un membre de la famille à construire sa maison, pendant que les femmes cuisinaient pour tous les travailleurs. Le sentiment d’entraide en vue du bien-être de son prochain était une caractéristique de la vie à cette époque. Le « coup de main » représentait le summum le plus logique et pratique du sens communautaire prédominant ou la coutume « donne et tu recevras » et la philosophie « une loi pour un, une loi pour tous » étaient largement pratiquées. Même lorsque le peu d’argent qui circulait commença à augmenter de façon remarquable, en raison de l’échange des marchandises et des services après les années 1930, le « coup de main » continua d’être une pratique essentielle jusque dans les années 1950, et les variantes de cette tradition restent un trait rare mais significatif du St Martin moderne.
Il était frappant de constater que l’unité et le sentiment de solidarité qui existaient au sein des villages et entre eux s’étaient étendus aux habitants des partis française et hollandaise, mais ce n’était pas un accident de l’histoire, ni une création des colons européens qui contrôlaient l’île. Les habitants des parties nord et sud de l’île se mariaient entre eux, même sans la bénédiction de l’église ou de l’administration pendant l’esclavage, période que Sekou appelle Période de Survivance (1648-1848). Au cours de la Période Traditionnelle, la masse des gens continuaient à suivre la même destinée, constituant ainsi une grande famille, la société villageoise caribéenne aux liens resserrés. Les habitants des deux parties de l’île prenaient le bateau à destination de la République Dominicaine, de Curaçao et d’Aruba, en temps de nécessité économique. Un certain nombre de St Martinois de nationalité hollandaise reconnaissaient des St Martinois de nationalité française entre les années 1920 et 1950 pour leur permettre d’aller travailler ou d’aller à l’école à Curaçao et Aruba, deux colonies hollandaises de la caraïbe. Dans le premier quart du 20ème siècle, les St Martinois du Sud traversaient « Marigot Hill » à pied pour prendre le bateau au quai de Marigot à destination des Iles Vierges et la République Dominicaine, pour chercher du travail.
Même pour participer à des compétitions sportives, les St Martinois voyageaient en bateau ensemble lorsque les joueurs de football et de cricket, et même les joueurs de combats de coq, du nord et du sud se constituaient en équipe commune pour représenter leur île dans des matches à l’étranger. Mais le sens traditionnel et la pratique de cette unité pardessus la frontière franco-hollandaise commencèrent à changer de façon significative, lorsque les deux parties de l’île devinrent politiquement plus dépendantes ou plus impliquées dans les lois constitutionnelles et politiques liant Marigot et Philipsburg respectivement à Basse Terre, Guadeloupe et Willemstad, Curaçao—tous deux territoires et centres administratifs coloniaux de la région pour la France et les Pays-Bas. Les changements d’après guerre à la suite de la Seconde Guerre Mondiale, imposés par les évènements du monde sur le colonialisme européen, signifiait également que la France et les Pays-Bas devaient inventer de nouveaux systèmes administratifs pour leurs colonies et le sens coopératif unique de St Martin serait négativement affecté au moins à partir des années 1950.

 


Les habitants du Vieux St Martin étaient pauvres en raison de leur niveau de vie physique ou matériel, mais ils ont vécu et exprimé une qualité exceptionnelle de relations sociales entre eux pendant plus de 100 ans après l’abolition de l’esclavage et pendant l’absence de complète dépendance vis-à-vis de l’administration coloniale française et hollandaise. L’année 1963 a marqué les derniers moments de l’ère pastorale de l’île. L’introduction progressive du « St Martin Moderne » devenait matériellement plus visible et l’ancien mode de vie commençait à être un fait du passé.

Daniella JEFFRY
Extrait de 1963 : Une Année Charnière à St Martin (2003)

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