Histoire

L’histoire de Saint-Martin

Menées depuis les années 1950, les fouilles archéologiques ont mis en évidence la présence de cultures amérindiennes qui se sont succédées depuis 3 000 ans avant J-C, jusqu'au XVIème siècle de notre ère. Au total, ce sont plus de 70 sites d'occupation précolombienne qui ont été découverts sur l’île.

Entre 3000 av. J.-C. et 100 ap. J.-C., les premiers groupes humains Méso-indiens naviguent à bord de pirogues depuis les côtes du Venezuela ou depuis la péninsule du Yucatan et s’installent entre les dunes et les nombreux étangs. Ils vivent essentiellement de pêche et de ramassage de coquillages qu’ils consomment en grandes quantités, notamment les Lambis, les Palourdes et les Arches.

A partir de 400 av. J.-C. et jusqu’en 960 ap. J.-C., de nouvelles populations attribuées au Néo-Indien ancien partent de la région de l’Orénoque a la conquête des iles antillaises. Ces groupes familiaux s’établissent notamment à Hope Estate, Anse des Pères, Pointe du Canonnier et sur l’îlet Pinel. Ils maitrisent la fabrication de pots en terre cuite, parfois décorés de peintures et de modelages faisant référence à leurs croyances et à leur mythologie. Ils travaillent la pierre polie, le bois, la vannerie. Ils filent le coton avec lequel ils tissent leurs hamacs. Ils dorment à l’abri du carbet, leur hutte construite en bois de Gaïac et recouverte d’un toit en feuilles de Latanier. Ils sont chasseurs, pêcheurs et produisent dans leurs jardins des patates douces, du manioc, des papayes, des ananas, des maracujas et des piments ainsi que du tabac et du coton.

A partir de 660 ap. J.-C., ces populations venues de la forêt amazonienne développent des cultures insulaires caribéennes et les décors de leurs céramiques évoluent vers plus de simplification, les décors devenant plus rares et les récipients utilitaires plus nombreux. 1600 ap. J.-C. marque la fin de cette période du Néo-Indien récent et la disparition de ces populations autochtones décimées au cours des premiers siècles de la conquête espagnole de l’Amérique. Ces derniers amérindiens Taïnos, de langue Arawak, vivaient encore sur le haut de la dune de Baie Rouge, à peine 30 ans avant le débarquement des premiers colons français et hollandais sur l’ile de Soualiga (Terre de sel).  

Le 11 novembre 1493, jour de la Saint-Martin, le navigateur espagnol Christophe Colomb accoste sur l'île. C'est une découverte pour le monde occidental. Il baptise l'île du nom du saint patron. Durant le XVIème siècle, grande époque des corsaires et des flibustiers, Espagnols, Français, Hollandais, Portugais, Anglais et Flamands convoitent l'île pour ses mouillages protégés et ses dépôts salins. Cette dernière caractéristique lui vaut le surnom de Soualiga, Terre de Sel.

Entre 1627 et 1631, la Hollande prend l'initiative de s'installer à Saint-Martin avec comme objectif d'y exploiter les gisements naturels de sel. Le 23 mars 1648, les Français et les Hollandais signent le Traité du Mont des Accords (ou Mont Concordia), nom donné à la montagne sur laquelle l'accord est conclu. Ainsi, Français et Hollandais se partagent l'île en deux parties : les Français occupent la partie nord (52 km²), les Hollandais, la partie sud (34 km²). Le traité reconnaît à la fois la double nationalité de l'île et son unité : pas de frontière physique entre les deux nationalités et la circulation des personnes et des biens est totalement libre. Dans les siècles qui suivent, l'île de Saint-Martin se peuple de colons et de corsaires anglais, et de quelques esclaves noirs, tout en demeurant sous la double administration franco-hollandaise. Cependant, les Français et les Hollandais doivent se défendre pour contrer les incessantes attaques anglaises.

Les XVIIIe et XIXe siècles ont vu successivement l'île de Saint-Martin occupée, abandonnée, évacuée, pillée, attaquée, prise et restituée au traité de Versailles, occupée encore, puis libérée sous la Révolution. Entre 1648, date de la signature du traité du Mont des Accords et 1816, signature du traité de Vienne, Saint-Martin change sept fois de mains entre Français, Hollandais et Anglais. De par les multiples influences de la France, des Antilles néerlandaises, des Antilles anglaises, des Iles Vierges américaines, de Porto Rico, des États-Unis et de la Suède, ces trois siècles ont été les prémices des multilinguismes et multiculturalisme qui font les particularités de l'île aujourd'hui.

Le 27 mai 1848, la France abolit l'esclavage lors du décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848. Le gouverneur Laryle de la Guadeloupe décide d'appliquer le décret d'abolition dans tout l'archipel. Devant l'isolement et le manque de ressources de l'île, le Conseil privé de la Guadeloupe adopte, le 11 février 1850, accorde à Saint-Martin un statut de port-franc, où les droits de douane ne sont pas perçus.
En 1863, quinze ans après la partie française, la partie hollandaise abolit l’esclavage, ce qui engendre un déclin des échanges commerciaux et force à l'exil de nombreux Saint-Martinois, Français et Hollandais.

C'est la seconde guerre mondiale qui tirera Saint-Martin de son isolement. En effet, le régime de Vichy (1940-1944) entraîne un blocus des forces alliées. Pendant et après la guerre, les échanges commerciaux avec les Etats-Unis s'intensifient. Les Etats-Unis deviennent l'unique fournisseur de l'île. Une période faste pour beaucoup de commerçants qui font fortune en écoulant cigarettes, tissus et produits alimentaires en Guadeloupe et en Martinique. C'est alors qu'une habitude d'auto-administration et d'autogestion se développe et se traduit par un mélange de règles coutumières locales, de vides juridiques et de pratiques importées de l'étranger.
En 1943, le site où se situe l'actuel aéroport international Princess Juliana (partie hollandaise) devient une importante base aérienne pour les Etats-Unis et un élément-clé de son dispositif de lutte contre les sous-marins allemands. La guerre contribue ainsi à américaniser et à angliciser la population de Saint-Martin. C'est ainsi que la langue anglaise devient la langue véhiculaire sur l'ensemble de l'île, concurrençant le français au Nord, le néerlandais au Sud.

A partir de 1965, Saint-Martin profite de l'engouement nouveau d'une population américaine attirée par le soleil et qui va trouver dans l'île une destination idéale. Entre 1950 et 1970, les hôtels commencent à fleurir dans la partie hollandaise.
En 1980, l'économie touristique bat son plein. Le dollar atteint des valeurs très élevées. Les Etats-Unis sont à moins de quatre heures. Deux atouts majeurs qui font prendre conscience aux acteurs économiques et politiques de l'île de la carte qu'ils ont à jouer : développer un tourisme de luxe dans la Friendly Island. Parallèlement, les lois successives de défiscalisation permettent un boom immobilier du côté français. Saint-Martin possède alors une infrastructure hôtelière d'environ 7 000 chambres, qui lui permet d'être l'une des destinations les plus prisées de la Caraïbe. L'île de Saint-Martin devient un haut lieu touristique où soleil et mer chaude, festivités et animations en tous genres, boutiques de luxe en duty-free et haut lieu de la gastronomie française se côtoient au quotidien.

Un faste économique brutalement interrompu en septembre 1995, par le cyclone Luis. Le 5 septembre 1995, le cyclone Luis anéantit l'île entière qui est en plein essor économique. 22 ans plus tard, le 6 septembre 2017, alors que l’île s’est remise du passage de Luis, c’est l’ouragan Irma, plus puissant jamais recensé dans la zone, qui ravage Saint-Martin. Onze morts sont officiellement recensés, des centaines de blessés et des milliers de sans-abri. Outre ces drames humains, par sa violence, Irma laisse derrière son passage un véritable désert dont le sol n'est plus qu'un amas de toitures et autres tôles, de bateaux, d'arbres et de détritus en tous genres. La plupart des hôtels et autres lieux d'hébergements touristiques sont détruits et contraints de fermer leurs portes, laissant sans emploi des centaines de personnes.

2017 restera à jamais une date marquant de son fer rouge la chronologie de l'histoire de l'île. Pour l'ensemble de la population, il y avait déjà « l’avant et l’après Luis », il y a désormais « l'avant Irma » et « l'après Irma ». Depuis cette date, les acteurs locaux ont redoublé d'efforts pour que l'île retrouve toute sa splendeur. Et malgré une conjoncture économique mondiale moins florissante, la « Friendly Island » reste une destination des plus convoitées, jamais égalée par aucune autre île de la Caraïbe, où les spécificités locales, mêlées à un savoir-vivre authentique et à un accueil des plus chaleureux, attirent toujours des milliers de touristes du monde entier.


Evolution de l'économie de l'île de Saint Martin

  • 1630 - 1674 : le cycle du tabac
  • 1680 - 1700 : le cycle de l'indigo
  • Fin du XVIIe siècle aux années 1820 : le cycle du coton
  • Du XVIIIe siècle au début du XXe siècle : le cycle du sucre
  • De la fin XIXe aux années 1960 : le cycle du sel
  • Années 1980 : le cycle du tourisme

Chronologie simplifiée de l’île de Saint-Martin

  • Période Précolombienne
    • 3000 av. J.-C. - 100 ap. J.-C., Méso-indien
    • 400 av. J.-C. - 960 ap. J.-C., Néo-Indien ancien
    • 660 ap. J.-C. - 1600 ap. J.-C., Néo-Indien récent
  • Période Coloniale
    • 1493 - 1627, Période précoloniale, 2e voyage de C. Colomb, puis Flibustiers
    • 1627 - 1648, Premiers colons franco-hollandais
    • 1648 - 1764, Démarrage des cultures d’indigo et de coton
    • 1764 - 1848, Agriculture et industrie sucrière
    • 1848 - 1930, Emancipation et déclin de la production agricole
    • 1930 - 1960, Fin de l’exploitation des salines
  • Période Contemporaine
    • 1960 - 1985, Démarrage de l’économie touristique
    • 1985 - 2018, Abandon de l’agriculture au profit du tourisme, forte urbanisation.
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